lundi 22 août 2016

Teacup Rock, ÎP-É

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vendredi 24 juin 2016

Lettre au Provéditeur-éditeur sur quelques équations morales

Monsieur,

J′ai tenté depuis des semaines d′apporter au numéro que vous pressez une contribution valable, mais la sécheresse glaciale (si l′on ose préciser qu′il s′agit de glace sèche) de mon esprit n′a d′égale que la rigidité difforme de mes méandres cérébraux, et vous concevez que le tourbillon nerveux qui fait la force ordinaire de mon raisonnement se trouve quelque peu désorienté à suivre ces grandes voies rectilignes et désolées ; aussi, je n′ai pu accoucher que de quelques crottes intellectuelles des plus minables, encore qu′elles se trouvent rayées en hélice, ce qui peut surprendre. J′étais sur la voie de découvertes fructueuses concernant Dieu et son calcul, mais une équation de base me manque encore ; j′ai, cependant, abordé brusquement, un matin, une venelle étroite qui me semble pouvoir receler quelques fructueux développements. J′inclinerais à croire qu′il s′agit de morale, et je vais vous proposer telles quelles mes premières remarques. Il se peut que d′éminents pataphysiciens, moins touchés que moi par le piripipiose de l′hiver, (qui me paralyse, il faut l′avouer) y trouvent un point de départ à quelques exercices scientifiques de bon goût.

C′est encore une fois la Sagesse des Nations que j′ai mise à contribution. Ce réservoir inépuisable de matière pataphysique est une gamelle où je patouille avec une joie toujours neuve, et ma (modeste) découverte de ce jour me fut peut-être soufflée par la vue du chat de la maison (un chartreux écouillé mais fort sympathique) qui me remit sur la piste d′un vieux proverbe désuet, usé jusqu′à l′âme et qui ne semblait plus devoir rendre d′ultérieurs services (est-ce un service qu′il m′a rendu, voilà le point en débat, mais je m′attarde en parenthèses et je vous fais languir, pardon, monsieur).

A bon chat bon rat

peut donc paraître d′une nouveauté restreinte, mais se prête, vous l′allez voir, à de mirificques transformations. Je revins d′abord à la jarryque conception du rastron et rétablis le chapistron. A bon chapistron, bon rapistron, me dis-je (et par suite, A mauvais chapidem, mauvais rapidem, mais nous nous bornerons ici à des bouleversements substantifs). Puis, la lumière se fit, (dans les quinze watts, car je ne suis pas riche), et je me dis que l′" at " pouvait sans inconvénient être retranché des deux termes de cette sorte d′égalité (il me semble avoir précisé, voire démontré quelque part, que les combinaisons lettriques des mots sont additives ; et l′on omet les signes + pour simplifier une écriture qui sans cela ne manquerait pourtant point de grandeur, mais, monsieur, empêchez-moi donc de digresser comme cela sans cesse, merdre, à la fin !).

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Lettre au Provéditeur-éditeur sur un problème quapital et quelques autres

Comprenez-vous, monsieur, je ne suis pas de ceux qui éprouvent l’inepte besoin de penser qu’ils pensent avant que de commencer à. Aussi, c’est sans préavis qu’il m’est venu, subitement, dans mon bain comme Archimerdre, des résultats. Que je me sois trouvé à la minute précise en train de me passer les précieuses au savon (Cashmere Bouquet de Colgate ; le point peut avoir son importance un jour) a sans doute une part dans l’éblouissement qui m’atteignit soudain.

Toujours est-il que la chose m’est apparue d’importance et propre à me hausser d’un cran dans votre estime : vous concevrez que nul travail, cette récompense en vue, n’eût paru d’intérêt suffisant pour retarder la mise en graphie de cette méditation.

Le problème est cette fois, monsieur, celui de la couille. (J’aurais pu dire celui de la coquille, mais je cède au goût du sensationnel, vous voyez, c’est un faible bien inoffensif.) De fait, il s’agit d’un problème de conchyliorchidologie (ou d’orchido-conchyliologie, qui me paraît, si plus orthodoxe, moins expéditif ; donc, je garde le premier).

AXIOME

Retirez le Q de la coquille : vous avez la couille, et ceci constitue précisément une coquille.

Je laisse à cet axiome, monsieur, le soin de perforer lui-même, de son bec rotatif à insertions de patacarbure de wolfram, les épaisses membranes dont s’entoure, par mesure de prudence, votre entendement toujours actif. Et je vous assène, le souffle repris, ce corollaire fascinant :

Et ceci est vrai, que la coquille initiale soit une coquille de coquillage ou une coquille d’imprimerie, bien que la coquille obtenue en fin de réaction soit toujours (à moins de marée extrêmement violente) une coquille d’imprimerie en même temps qu’une couille imprimée.

Vous entrevoyez d’un coup, je suppose, les conséquences à peine croyables de cette découverte. La guerre est bien loin.

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Lettre au Provéditeur-éditeur sur la sagesse des nations

Voilà, monsieur, je suis fasciné par les proverbes comme l'oiseau rock par une vestale Besnard. J'ai donc étudié les proverbes de près, c'est-à-dire tout seul ; les documents trahissent, et isolent qui les scrute de leur objet initial. Etant l'émanation de la Sagesse des dites, les proverbes, on peut s'attendre qu'ils nous donneront la clé du monde, et on n'est pas étonné. On l'a. C'est inutile car le monde n'est pas fermé, et satisfaisant car la clé est un bel objet décoratif. Comment on l'a, c'est ce qui suit. Vous y plongerez-vous avec moi ?

Cela me vint ainsi. Tel père, tel fils. Et immédiatement après, à père avare, fils prodigue. Il n'y a pas contradiction, vous le savez comme moi. Il appert (avare) aussitôt que la relation liant le père au fils est du second degré au moins. N'est-ce pas beau ? Et se doutait-on qu'un père pût avoir trois enfants ? Aussitôt d'ailleurs, nous en pouvions déduire un autre proverbe : Les enphants zélés se suivent et ne se ressemblent pas. Les enphants, nos jours à nous.

Vous y êtes, monsieur. Vous y êtes. Il y a là-derrière bien plus que l'on ne vous disait. C'est sommaire en apparence. La sagesse des nations est poésie, monsieur ; elle échappe à toute critique. Elle est intuition pure au sens divin, mathémathématique du terme, et par là, se rapproche savoureusement de l'ineptie. C'est dire qu'elle nous permet de recréer le monde. Et si elle semble parfois pécher par omission, si l'on croit que tout n'est pas dit, c'est que l'on n'a rien vu. Vous l'allez vérifier sur un exemple. Un exemple que j'aime assez, celui de la cruche à l'eau. Tant y va-t-etle, dit-on, qu'à la fin, elle se casse. Attendez, monsieur. Ramassez vos membres en boule, et les laisser s'imprégner de fourmis. Que seul votre cerveau ait le droit d'absorber de vos forces vitales. Il en aura besoin.

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Lettre sur les truqueurs de la guerre

Lettre à sa Magnificence le Baron Jean Mollet Vice-Curateur du Collège de 'Pataphysique sur les truqueurs de la guerre

L'on s'en doutait parfois, comme je ne saurais l'apprendre à Votre Magnificence, mais le doute n'est plus possible ; le moment est venu de le dire au grand jour ; la guerre est truquée. Quelle guerre ? Je n'en mets aucune spécialement en cause ; à mon avis, il n'y en a pas encore eu une bonne, et l'on verra pourquoi. Il me semble, et c'est tout, utile et urgent d'attirer l'attention des bons citoyens sur le mauvais usage que l'on fait de leurs deniers.

C'est le hasard d'une rencontre qui m'a mis la puce à la cervelle. Obligé, récemment, de laisser au garage mon char à essence (la paresse, je crains) j'eus l'idée, pour gagner le lieu clos où je travaille, dans un silence approximatif, à préparer la mise en conserve de ces aliments spécifiques de l'oreille, les vibrations musicales, j'eus, disais-je, l'idée de prendre l'autobus. Il n'était pas fort encombré et c'est ainsi que je trouvai place vis-à-vis d'un homme âgé. Son âge était-il respectable ? Je n'ai pas accoutumé de respecter ou de mépriser ; je choisis plutôt parmi cette gamme de sentiments qui vont de l'amour à la haine en passant par les degrés de l'affection, de l'indifférence et de l'inimitié. Bref, j'étais en face d'un homme de soixante-neuf ans, nombre pour lequel je n'éprouve non plus aucun respect particulier ; il n'est, à tout prendre, qu'un symbole et je n'en suis point, j'en remercie Votre Magnificence, à m'effrayer d'un symbole qui restera, quelle que soit la force de l'éruption, sous mon entière domination.

Pour en venir au fait, le revers du veston de ce vieil énantiomorphe de moi-même portait quelques fragments de rubans colorés, noués à la boutonnière ; curieux de nature, je me permis d'en demander l'usage.

— Celui-ci, me dit-on, est la Médaille militaire. L'autre, la Croix de Guerre. Et voici la Légion d'honneur de Lyon. La rosette.

— Je ne vois ni médaille ni croix, observai-je, mais de jolis galons de couleur. Serait-ce qu'il y eut une guerre et que vous...

— Quatorze-Dix-huit, fit-il, me coupant la parole, mais sans insolence.

— Je m'exprime mal, repris-je, seriez-vous revenu de la guerre ?

— Sans une égratignure, jeune homme.

La canaille semblait s'en vanter.

— Voulez-vous me dire, poursuivis-je (d'un ton que j'avais quelque peine à modérer), que cette guerre de Quatorze a été mal faite ?

Magnificence, je passe sur la suite de ce colloque. Il devait m'apporter cette triste certitude : oui, on nous trompe ; oui, les guerres sont mal faites ; oui, il y a des survivants parmi les combattants. Oh ! j'imagine que Votre Magnificence va hausser les épaules. Il s'emporte, pensera-t-Elle, avec un léger sourire et ce mouvement du chef que je connais bien. Il se fait des idées... On lui aura monté le bourrichon... Eh bien non. J'ai fait mon enquête ; elle est concluante. La vérité est affreuse : toute noire avec du rosé en plaques ; la voici : à chaque guerre, des milliers de combattants reviennent sains et saufs.

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